2026-06-06
Audit du site Paris.fr : 67% sur RGAA — les 4 erreurs récurrentes des sites de grandes collectivités
La Ville de Paris a publié sa dernière déclaration d'accessibilité fin 2023, avec un score officiel de 54% d'après Access42. Deux ans plus tard, nous avons relancé un audit automatisé sur la page d'accueil paris.fr et obtenu 67% de conformité confirmée RGAA 4.1 (avec une estimation projetée de 77% une fois levées les ambiguïtés "à vérifier manuellement").
La progression est nette. Mais 67% sur la page d'accueil d'une métropole de 2 millions d'habitants reste loin de l'obligation légale française et de la conformité réelle attendue par les usagers. Et surtout : les non-conformités que nous avons détectées sont exactement les mêmes que sur les autres sites de grandes collectivités que nous avons audités (Lyon 60%, Rennes 80%, Marseille en attente). Ce sont 4 patterns d'erreurs récurrents.
Pourquoi 67% pour une vitrine politique majeure ?
Le site paris.fr est probablement l'un des sites publics français les plus testés, retesté, audité — y compris par Access42 en 2023. Pourtant les non-conformités sont là, et elles ne sont pas anecdotiques.
Notre audit a identifié environ 34 critères en non-conformité partielle ou totale sur les 106 critères du RGAA 4.1 applicables. Voici les 4 patterns que nous retrouvons sur quasi toutes les grandes collectivités.
Pattern 1 — Composants interactifs sans clavier complet
C'est la fuite numéro un. Les menus déroulants de la barre de navigation, les onglets de filtres, les accordéons de FAQ : ils marchent à la souris, ils s'effondrent au clavier.
Critères RGAA touchés :
- 7.1 Chaque script est-il, si nécessaire, compatible avec les technologies d'assistance ?
- 7.3 Chaque script est-il contrôlable par le clavier et tout dispositif de pointage ?
- 10.7 Pour chaque élément recevant le focus, la prise de focus est-elle visible ?
- 12.9 Sur chaque page Web, la navigation ne doit pas contenir de piège au clavier.
Un menu déroulant sur paris.fr s'ouvre au survol souris, mais Enter sur le bouton n'ouvre pas le panneau. La touche Échap ne le ferme pas. Et quand on tab à travers, on traverse silencieusement les éléments sans état aria-expanded.
Ce n'est pas un bug visuel — c'est un blocage total pour un utilisateur clavier-only. Et c'est invisible aux scanners automatiques car le DOM est syntaxiquement valide. Voir notre article sur ce qu'aXe ne détecte pas.
Pattern 2 — Images informatives avec alt vide ou décoratif
Les sites de grandes collectivités sont riches en visuels : photos d'événements, infographies, plans, illustrations. Sur paris.fr nous comptons plus de 40 images en page d'accueil. Plusieurs ont :
alt=""alors qu'elles portent de l'information (logo d'un partenaire, photo de quartier avec nom visible)alt="image"oualt="photo"(alternative inutile)- pas d'attribut alt du tout (techniquement non valide HTML, donc problème de critère 8.2)
Critères touchés :
- 1.1 Chaque image porteuse d'information a-t-elle une alternative textuelle ?
- 1.2 Chaque image de décoration est-elle correctement ignorée par les technologies d'assistance ?
- 1.3 Pour chaque image porteuse d'information, l'alternative est-elle pertinente ?
Le problème de fond : les CMS publics produisent souvent l'attribut alt automatiquement à partir du nom de fichier (paris-2024-event.jpg → alt="paris-2024-event"). C'est non-conforme. La rédaction de l'alt doit être manuelle, par le contributeur qui upload l'image.
Pattern 3 — Structure de titres incohérente entre sections
Une page d'accueil de collectivité est typiquement composée de blocs CMS imbriqués : héros + actualités + agenda + accès rapides + partenaires. Chaque bloc a souvent été codé par un prestataire différent à un moment différent. Résultat : la hiérarchie des titres est cassée.
Sur paris.fr nous trouvons :
- 2
<h1>sur la page d'accueil (au lieu d'un seul) - Des sauts de niveau (h2 → h4 sans h3)
- Des
<div>stylisés comme des titres mais sans balise titre
Critères touchés :
- 9.1 Dans chaque page Web, l'information est-elle structurée par l'utilisation appropriée de titres ?
Pour un utilisateur de lecteur d'écran, ce n'est pas anodin : la navigation par titres (touche H en NVDA/JAWS) devient une loterie. On rate des sections entières.
Pattern 4 — Contrastes insuffisants sur les liens et boutons secondaires
Les chartes graphiques des grandes villes utilisent souvent des dégradés et des couleurs corporate qui passent les tests sur les blocs primaires mais coincent sur les liens hors texte courant : footer, badges, étiquettes de catégories, dates en gris clair.
Sur paris.fr nous voyons :
- Liens secondaires en gris #767676 sur fond blanc → ratio 4.5:1 strict, échoue à 4.6:1 attendu en gras < 18.5px
- Étiquettes de catégories en bleu pastel #6BA3E8 sur fond blanc → 2.9:1 (échec WCAG AA 4.5:1)
- Texte de mention légale dans le footer en gris pâle → souvent < 3.5:1
Critères touchés :
- 3.2 Dans chaque page Web, le contraste entre la couleur du texte et la couleur de son arrière-plan est-il suffisamment élevé ?
C'est probablement la non-conformité la plus facile à corriger (changer une variable CSS) et pourtant la plus persistante.
Pourquoi ces 4 patterns reviennent partout
La cause profonde n'est pas technique. Elle est organisationnelle.
Un site de grande collectivité, c'est rarement un projet unifié. C'est une mosaïque :
- Un CMS principal (souvent Drupal ou Typo3) maintenu par une équipe interne
- Des modules custom développés par des agences successives
- Des composants embarqués (carto, agenda, formulaires) de prestataires tiers
- Une charte graphique imposée par la com, pas toujours testée pour l'accessibilité
Chaque morceau a sa propre "dette accessibilité". Personne n'a la vue d'ensemble. Les audits humains tous les 3 ans (obligation RGAA) photographient l'état à un instant T mais ne suivent pas la dérive entre 2 audits.
C'est exactement pour ça que les audits automatisés réguliers sont devenus indispensables : pas pour remplacer l'humain, mais pour détecter les régressions entre 2 audits experts, et orienter les corrections.
Pour ton site (collectivité, entreprise, e-commerce)
Si tu reconnais 2 ou 3 de ces 4 patterns sur ton site, tu n'es pas seul. Sur les 11 audits publics français que nous avons publiés, 9 présentent au moins 3 des 4 patterns ci-dessus.
La bonne nouvelle : la majorité se corrige avec des modifications ciblées dans le HTML/CSS, sans refonte. Une équipe technique peut traiter les contrastes en 2 jours, les images alt en une semaine de travail rédactionnel, la structure de titres en quelques sprints.
Lance un audit Scrutia maintenant sur ton site (5 minutes, gratuit, score sur 100) pour voir où tu te situes face à ces 4 patterns. Le rapport détaillé liste chaque non-conformité avec sa localisation exacte et un code de correction prêt à coller.
Pour aller plus loin :
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